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En attendant le retour de la proximité dans la sécurité...

Photo : Olivier Cabon
Jean Marc dos Santos, interprète de chansons et de textes poétiques, au Café Le Verre à Pied (Paris 5e), janvier 2020

… nous aurons une vie culturelle, tout en veillant à la prévention sanitaire !

Le Comité Quartier Latin, a déposé un projet pour le budget participatif de la Ville de Paris . [1] Il s’agit d’étudier et de mettre en place à titre expérimental dans les 5e et 6e arrondissements, un système local raisonné d’ouverture et de partage des lieux éducatifs et culturels.

Ce projet s’inscrit dans une démarche d’ensemble que nous appelons de nos vœux dans la tribune « République-Culture : pour une gestion rationnelle, synergique et prévoyante du risque sanitaire » [2] en cours de signature.

A l’échelle d’un quartier, le présent projet consiste en une initiative ascendante, qui met en œuvre, au niveau local, les exigences de prévention du Covid de compétence de l’État. À même niveau de risque sanitaire, l’ouverture et le partage des lieux bénéficie ainsi à la vie culturelle locale.

Les ressources culturelles du Quartier Latin

Cette approche rigoureuse est inédite au niveau national et peut être projetée par toute collectivité territoriale. Le Quartier Latin est particulièrement bien placé pour l’initier, car il est caractérisé par :
- une densité éducative et culturelle exceptionnelle, avec des nombreux établissements, entreprises, associations et professionnels des métiers de l’éducation et de la culture, dont les librairies, cinémas, théâtres, galeries, ateliers, écoles et cafés proposant des évènements culturels, artisans d’art, artistes-plasticiens, photographes, écrivains, intellectuels, ... ;
- un public local très important : élèves, étudiants, habitants, actifs, voyageurs, ... ;
- aussi, le Quartier Latin dispose d’une multitude de lieux de spectacles, d’enseignements, de réunions, dont un grand nombre de lieux privés, associatifs ou relevant de la Ville de Paris (qui a le statut particulier d’une commune fusionnée avec un département) : salles des mairies d’arrondissements, centres de loisirs, bibliothèques, écoles primaires, collèges, salles de cinémas, théâtres, arrière-salles de restaurants, salles de réunions des lieux d’accueil sociaux, d’agences et de bureaux, auditoriums et espaces des musées, etc. S’y ajoutent les salles des Instituts culturels étrangers, des lycées, les amphis des Universités et des Grandes Écoles du Quartier Latin, qui relèvent de la Région Île-de-France et de l’État.
Actuellement, ces lieux sont soit fermés, soit soumis à différents protocoles de sécurité sanitaire, selon les décisions du gouvernement et des préfets qui le représentent. Ces mesures ont entravé l’enseignement supérieur et quasiment mis à l’arrêt la culture. Ainsi, le Quartier Latin vit depuis un an une souffrance à la hauteur de ses ressources locales extraordinaires, qui sont à la base de sa qualité de la vie et de son rayonnement.

La culture est un droit et elle relève de la responsabilité partagée de l’État et des collectivités territoriales

Hors de toute politique politicienne, il s’agit d’établir une gestion prévoyante et qualifiée, rationnelle, fondée sur nos riches ressources scientifiques et culturelles, et en conformité avec les valeurs et la Loi de la République.
Nous proposons d’expérimenter une nouvelle méthode que nous espérons généralisable : mettre en commun ces ressources sur leur territoire à l’échelle réduite de deux arrondissements, tout en respectant la prévention du Covid.
Les mesures diversifiées de sécurité face à un même risque, seront harmonisées dans le but de rétablir les activités de création, de production et de diffusion intellectuelles et culturelles, ainsi que l’égalité des droits culturels des personnes.


Gérer les conséquences, mais aussi les causes

Plus d’un an après le début de l’épidémie du coronavirus en France, le risque sanitaire est encore régulé à court-terme, en fonction des négociations par secteurs d’activité. En se focalisant sur les fonctions assurées et non pas sur les conditions des contacts générateurs de contaminations, la gestion sanitaire a privilégié certains secteurs d’activité au détriment d’autres et le temps de travail par rapport au temps de la qualité de vie

Ainsi, les ruptures d’égalité sont nombreuses, non seulement entre situations de contacts autorisées (commerces, écoles, bureaux, transports en commun..) et interdites, mais aussi au sein même des activités éducatives et culturelles, comme les cinémas fermés mais les messes chantées autorisées, p.ex. Les différences faites entre statuts des activités, des lieux, des professionnels, des publics, excluent quasiment entièrement les publics majeurs, ainsi que les enseignements artistiques au-delà de la première année du supérieur .
Aussi, alors que les salles de théâtre et de concerts en ville ont portes closes, des spectacles ont eu lieu dans les établissements scolaires. Pourquoi, s’ils ne représentent pas de risque sanitaire, ne sont-ils pas proposés également dans les mêmes conditions au public local qui côtoie au quotidien les mêmes personnes que ces élèves ? Et pourquoi, si ce risque est à réduire, n’ont-ils pas lieu dans une salle plus vaste donc plus sûre, et qui convient également au public local de même jauge ? Pourquoi, les événements en extérieur, qui comportent vingt fois moins de risques ne sont-ils pas autorisés ?
Quelle logique à ces restrictions, qui affectent grandement les artistes et leur public, sans rien apporter à la prévention sanitaire ?

Il s’agit donc de s’extirper de cette vision sectorielle et de créer une synergie qui permettra à chaque activité, de chaque secteur, quel que soit le statut de l’établissement, des actifs et de leur public ou clientèle, de s’exercer au niveau rationnellement requis par la prévention sanitaire.


Photo D.R.Marie Célérier

“On continue à faire des représentations pour les scolaires, mais j’espère
qu’on pourra retrouver nos concerts tout public rapidement." Marie Célérier


La prévention implique toute la population à égalité

Il s’agit ici de ne pas confondre la prévention de la propagation épidémique – la cause - avec la protection des personnes fragiles, dont les cas graves sont la conséquence. Ce sont deux questions liées, mais elles nécessitent des approches différentes. Tout le monde peut transmettre le virus. Et, qu’elle soit constatée ou pas, chaque contagion prolonge la durée de circulation du virus, donc du risque épidémique pour tous.

La transmission du coronavirus relève exclusivement de données physico-spatiales

La propagation du coronavirus s’effectue par aérosols et elle est indifférente à l’identité des personnes qui transportent le virus, indépendante du contenu de l’évènement concerné, indépendante du sens du contact.
Le coronavirus ne se transmet qu’en fonction de critères physiques et spatiaux : le nombre, les localisations et les émissions d’aérosols des présents, les obstacles physiques entre eux, la ventilation environnante qui les dilue ou disperse.
Le risque de diffusion des aérosols et de propagation du coronavirus dépend donc uniquement de deux ensembles de données relevant
- du lieu : taille, configuration et ventilation ;
- de son usage : jauge, mouvements, silence, parole, chant, etc.
Les discriminations de produits, de statuts de personnes, de secteurs d’activités manquent donc cruellement de justification sanitaire. Ce sont les lieux de réunion, leurs usages physiques et les nombres de contacts qu’ils engendrent, qui sont décisifs, intégrés au réseau spatial qu’ils forment avec les transports à l’échelle d’un bassin de vie.

Photo D.R. BR/BR
Mesures des aérosols émis par la flûtiste Natalie Schwaabe
lors d’une étude de l’Université de Munich avec l’Orchestre de la Radio Bavaroise


La variable importante de la ventilation

Avec le port d’un masque filtrant et la distance physique, le renouvellement de l’air ambiant, qui dilue ou disperse les aérosols, est un facteur essentiel pour la diminution du risque de contagion. Pour cette raison, les activités en extérieur sont largement à privilégier. Pour l’intérieur des établissements recevant du public, il existe des méthodes de régulation plus ou moins élaborées du renouvellement d’air, qui peuvent considérablement changer la donne de la sécurité sanitaire : ouverture régulière des fenêtres, éventuellement avec assistance d’un détecteur de CO2 ; filtrage d’air ; ventilation double-flux... Également sur le plan écologique, il s’agit là d’installations utiles à prévoir lors de la programmation de rénovations et constructions nouvelles. Aussi, sont-elles nécessaires dans certains cas pour assurer une sécurité sanitaire suffisante à la réouverture, notamment dans la restauration. Cependant, alors que les normes d’équipement et d’alerte d’incendie ont intégré depuis longtemps les différents codes, dont celui de la construction, il n’y a pas encore de législation sur la prévention du risque sanitaire à transmission par aérosols qui harmonise et stabilise par niveaux de risques, la diversité des protocoles sanitaires, en constante évolution depuis un an.


Objectifs du projet du CQL

- Ouvrir et mutualiser localement l’usage des lieux entre différents secteurs éducatifs et culturels, en fonction du niveau de sécurité qu’ils présentent face à l’actualité du risque sanitaire ;
- Étendre l’offre locale de lieux sécurisés à l’égard d’une épidémie par aérosols ;
- Contribuer à l’harmonisation des normes sanitaires ;
- Permettre aux acteurs locaux d’agir en cette crise, de façon rationnelle et prévoyante, dans le cadre de la répartition des compétences entre l’État et les collectivités territoriales ;
- Poser à travers cette expérimentation, les prémices d’une Loi du risque sanitaire par aérosols, que nous appelons de nos vœux par une tribune prochaine ;
- Retrouver ainsi la confiance en la République, en agissant pour le respect des droits culturels des personnes, dont les collectivités territoriales partagent avec l’État, non seulement les compétences, mais également la responsabilité ;
- Concrètement, pour les habitants et usagers, retrouver une qualité de la vie à travers le rétablissement de la diversité de l’activité éducative et culturelle, dans la résilience.

Le partage raisonné des lieux respecte les conditions de sécurité selon le niveau du risque sanitaire

Ainsi, en situation de propagation rapide du coronavirus, si une salle habituellement prévue pour une classe de 30 élèves ne remplit pas les conditions strictes de sécurité, le cours pourrait avoir lieu, p.ex. dans une salle de théâtre, ou à mi-effectifs alternés dans une bibliothèque. Selon le même principe, un chanteur-interprète qui se produit habituellement dans les cafés culturels, ou une librairie indépendante qui ne dispose pas de l’espace nécessaire, pourrait à nouveau proposer des spectacles ou rencontres d’auteur dans un musée ; un acteur de théâtre pourrait interpréter des textes littéraires dans l’auditorium d’un collège, non seulement pour une représentation scolaire, mais aussi devant son public habituel. Les salles de mairie, qui seraient momentanément trop peu sécurisées pour des conférences, peuvent probablement proposer des projections de films ; des petites salles de cinémas, l’accueil d’ateliers d’écriture d’une association ; un centre de loisirs, une réunion associative en petit comité ; etc. Et peut-être même qu’on pourra à nouveau projeter des films dans les cinémas, lorsqu’on s’apercevra que bien ventilés, ils offrent la même sécurité qu’un banc de square….

Cette approche nécessite des expertises pointues

L’étude technique que nous proposons, prévoit une expertise détaillée de douze lieux différents du Quartier Latin, concernant le renouvellement d’air et la dispersion des aérosols, selon les usages et la jauge du public. Nous espérons en voir confiée une large partie à l’ITEMM - Institut technologique européen des métiers de la musique, parce que celui-ci a développé à partir d’une expérience en Nouvelle Aquitaine, l’outil Opéra - Outil probabiliste pour l’évaluation du risque par aérosols – qui intègre 28 critères pour modéliser le risque sanitaire d’un lieu avec un public assis, masqué.

Ces expertises permettront au maître d’œuvre, de proposer des catégories d’équivalence de sécurité sanitaire selon les lieux et leurs usages .
Il élaborera également un cahier des charges pour l’expertise d’autres lieux selon cette méthode ;
Enfin, il proposera un cahiers des charges pour l’équipement d’un des lieux expertisés (filtrage d’air, ventilation double-flux…), permettent d’améliorer sa sécurité sanitaire.
Une étude complémentaire et coordonnée doit concerner les usages pour restauration dans les espaces équipés ou à équiper (Self-service ou service à table, public assis, non-masqué durant la consommation).
Le coût de la première phase est évalué à 300 000 €, celui de l’étude complémentaire à 100 000 €.

Concrétisation institutionnelle

Ces études permettront le partage des lieux expertisés pour des activités éducatives et culturelles, par catégorie de sécurité selon le niveau du risque sanitaire défini par le préfet. Il s’agit de créer une association locale de responsables de lieux, gérée p.ex.par un organisme consulaire avec le concours de fédérations professionnelles, sous le contrôle des institutions publiques compétentes, qui assure leur mutualisation contractuelle tri-partite (entre les deux responsables/ et entre chacun des responsables )et l’association et fonctionnant à l’équivalence des services, sans financement En partenariat avec les collectivités locales, les Chambres de Commerces et d’Industrie pourraient le mettre en place, en s’inspirant de la contractualisation tripartite, que pratiquent actuellement les CCI dans les départements ruraux avec les restaurants assurant la cantine pour les salariés des BTP et des HLM .
D’autres expertises, ainsi que des travaux de ventilation, permettront à d’autres lieux d’adhérer à ce système de partage circulaire. Ces derniers devraient être financés par le « plan d’investissement de 3 milliards d’euros pour améliorer les systèmes de ventilation des bâtiments publics et du parc privé » qui figure dans les 30 propositions du groupe Agir.

Enfin serait-il utile d’inscrire dans la mutualisation des structures légères en extérieur, kiosques existants ou à créer pour activités culturelles et de formation dans le cadre d’un programme, avec des équipements innovants de chauffage, de communication hybride (présentielle/à distance) et de réduction du son.

Le partage raisonné des lieux est synergique et résilient

Ce partage raisonné proposé rétablit les démarches ascendantes de mise en œuvre locale des mesures de l’État qui, lui assure, la cohésion nationale et la sécurité. .
Adaptée à ces mesures, cette démarche locale n’augmente pas les contacts inhabituels si elle s’effectue dans une aire cohérente de commerces et de services publics et privées. Ce projet s’inscrit alors dans le projet d’une « ville du quart d’heure » où le nécessaire - notamment pour apprendre et s’épanouir - est accessible à pied ou à vélo, où la culture se rapproche du public (et non l’inverse), tout en générant d’autres effets positifs comme le maintien, voire la création d’emplois, l’usage économe et convivial de lieux devenus polyvalents. Et cette démarche demeurera utile et durable au-delà de cette crise, une résilience, dont nous avons bien besoin.

Votre soutien
Que vous soyez habitant ou actif, du Quartier Latin ou d’ailleurs dans Paris, ce serait bien de vous rendre sur la page dédiée au projet sur le site du budget participatif : https://budgetparticipatif.paris.fr/bp/jsp/site/Portal.jsp?page=idee&campagne=G&idee=2195 et (si ce n’est déjà fait, après vous être enregistré sur le site « Mon Paris ») d’y laisser votre commentaire.

Nous vous en remercions chaleureusement.
Le Bureau du Comité Quartier Latin*

* https://www.quartierlatin.paris/?-le-comite-quartier-latin-3-

L’Annexe des notes et références peut être téléchargée ici.

PDF - 5.6 Mo

[1Ce projet consultable en ligne - https://budgetparticipatif.paris.fr/bp/jsp/site/Portal.jsp?page=idee&campagne=G&idee=2195 - est issu d’une réflexion parue dans notre Revue Culturelle sur le site du CQL - Ingrid Ernst, La crise sanitaire : un enjeu de civilisation, une affaire de lieux, 7.2.2021 http://quartierlatin.paris/?la-crise-sanitaire-un-enjeu-de-civilisation http://quartierlatin.paris/?la-crise-sanitaire-un-enjeu-de-civilisation

[2« République - Culture : Pour une gestion rationnelle, synergique et prévoyante du risque sanitaire », soumise actuellement aux professionnels de la Culture en France et à leurs organisations, en vue d’une publication dans le journal Le Monde



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