Ciné-Club, De l'Écrit à l'Écran, PATERSON, film de Jim Jarmusch

description de l'affiche du film
lun 16-02-2026 19:00
lun 16-02-2026
Cinéma l’Épée de Bois 100, rue Mouffetard, Paris 5e

Figure majeure du cinéma indépendant américain, réalisateur d’une quinzaine de longs métrages depuis ses débuts en 1980, Jim Jarmusch inscrit son travail cinématographique dans une filiation littéraire revendiquée, et plus spécifiquement poétique : 

« Mes véritables maîtres sont les poètes de l’école new-yorkaise des années 50 et 60, Frank O'Hara, John Ashbery, Kenneth Koch. […] Je voulais devenir le cinéaste de cette école de poésie [...]. Je leur dois beaucoup. Ils m’ont donné envie d’être un poète, la voix d’une nouvelle génération. J’espère que mon cinéma prolonge leur travail. » (entretien avec Laurent Rigoulet « Much about Jarmusch », Télérama 06-12-2009)

Dans Paterson, l’affiliation poétique mise en avant par le cinéaste est tout à fait explicite : Paterson, nom du protagoniste du film et de la ville du New-Jersey où, conducteur de bus, il pratique la poésie au quotidien, est aussi le titre d’un vaste cycle poétique que le poète moderniste William Carlos Williams (1883-1963) a consacré à cette ville où il a exercé comme médecin pendant quarante ans.

Toutefois, si l’œuvre littéraire Paterson (1946-1958) constitue une source d’inspiration pour le film Paterson (2016), ce n’est pas dans la perspective d’une adaptation qu’on peut comprendre le rapport d’un Paterson à l’autre, mais plutôt comme une façon pour le cinéaste d’afficher, dès le titre du film, ce qui en constitue l’enjeu essentiel : donner à voir la possibilité d’un rapport poétique au monde, et pour ce faire mobiliser les moyens propres dont dispose le cinéma pour « faire poème ». Programme qui n’a rien d’abstrait et que Jarmusch met en œuvre dans une fiction ancrée dans le quotidien et portée par deux interprètes exceptionnels, Adam Driver (Paterson) et Golshifteh Farahani (Laura).

Régis Salado