Yto Barrada à Césure

Ingrid Ernst
Yto Barrada au Festival d'Automne 2023 - Affiche in situ

Solidité lumière

Yto Barrada, invitée du Festival d'automne 2023 expose à Césure

 

Au Grand Plateau, dans le vaste volume laissé par la Bibliothèque Universitaire de Censier, l'artiste franco-marocaine déploie un choix de ses œuvres de différentes époques disposées sur des estrades peintes en ce rose des années soixante - fleuri, poudré, mâtiné d'une nuance pop, qui répond aux rayures bayadère des travaux textiles aux murs. 

À côté de ses installations et tentures de grand format, quelques pépites vous appellent. Un patchwork cubiste de bourrette de soie teinte artisanalement en des tons délicatement contrastés se trouve non loin d'impressionnants tapis graphiques noir et blanc.                                                                              

Yto Barrada, Untitled (Cosmos Yellow), 2022 Soie et teintures naturelles, 140,7 x 104,8 cm.        Photo : I.Ernst
            Yto Barrada, Untitled (Cosmos Yellow), 2022                Soie et teintures naturelles 140,7 x 104,8 cm    Photo : I.Ernst

 

Un ready-made maritime en carton découpé et peint à grands coups de brosse en bleu profond, "trophée" d'une manifestation environnementale d'enfants new-yorkais, dialogue en diagonale avec un mur de casiers à crustacés - l'installation Tangier Island Wall du nom de l'île américaine qui s’appelle depuis 1713 comme la ville portuaire marocaine dont Yto Barrada est issue.                            

                                                                        

Yto Barrada, Untitled (After Vega’s Mood Diagram «How Do You Feel About Your Summer?»), 2017 et She Could Talk a Flood Tide down (Tangier Island Wall), 2022.  © Courtesy of the artist / Photo : Festival d’Automne à Paris/Aurélien Mole
Yto Barrada, Untitled (After Vega’s Mood Diagram «How Do You Feel About Your Summer?»), 2017  et She Could Talk a Flood Tide down (Tangier Island Wall), 2022.            © Courtesy of the artist / Photo : Festival d’Automne à Paris/Aurélien Mole

 

 

L’impossibilité de photographier le très beau sunrise/highway VIII sans les reflets singuliers de la salle, montre qu’une exposition est une méta-œuvre composée avec le lieu, réalisée ici par un accrochage, une mise en espace harmonieux.                                                                                                                       

Yto Barrada, Untitled (After Stella, Sunrise/Highway VIII), 2023 Photographié à l’exposition Solidité Lumière au Grand Plateau de Césure.       Photo : I. Ernst
Yto Barrada, Untitled (After Stella, Sunrise/Highway VIII), 2023  Photographié à l’exposition Solidité Lumière au Grand Plateau de Césure.                                                                                             Photo : I. Ernst

 

Le Lit-ras-d’eau (2023) évoque les migrations, peut-être aussi celles d'Yto Barrada, née rue de l'Estrapade dans le Vème arrondissement de Paris, ayant grandi à Tanger pour alterner, adulte, de longues phases entre ces deux villes et New-York où elle vit depuis une décennie.

Cette exposition parle d'origine, d'enfance comme le lieu Mothership consacré au travail du textile, qu'Yto Barrada a créé à Tanger. C'est là qu'ont été sans doute récupérés et teints les tissus et tissés les tapis à partir d'un dessin de sa fille aînée, tapis rigoureusement abstraits qui sont immédiatement reconnaissables comme kilims marocains. Leur fabrication renvoie également à la maternité, puisque traditionnellement dans la vie rurale berbère, le tissage était confié aux femmes enceintes ne pouvant pas participer aux travaux agricoles, leur ressenti s’exprimant en des formes géométriques symboliques, souvent propitiatoires, d'une étonnante modernité. Bert Flint, collectionneur et fondateur de la Maison Tiskiwin à Marrakech voit dans ses textiles traditionnels «les bases de l'activité artistique entre matière, technique et fonction», réflexion reprise «par le mouvement du Bauhaus pendant les années trente» (*).

Yto Barrada s'empare avec grâce et finesse de ces fils croisés entre artisanat traditionnel et formes contemporaines liés à son vécu. 

Ainsi, le titre de l'exposition Solidité lumière, terme technique pour la conservation dans le temps des teintures textiles, représente un programme sensible et accompli.


Ingrid Ernst, écrivain et artiste, est membre du Bureau du Comité Quartier Latin. 

 

(*) cf. Bert Flint (1993), "L'activité artistique dans le monde rural du Maroc", in : Horizons Maghrébins, N° 22, Toulouse, décembre 1993, cité par I.Ernst, «La fabrication de la médina de Marrakech par les images», in : Nadir Boumaza et al., Villes réelles, villes projetées. Villes maghrébines en fabrication, Paris, Editions Maisonneuve et Larose, 2006.

 

Yto Barrada

Solidité Lumière

Commissariat : Clément Dirié

Césure 15 oct.- 26 nov. 2023 Entrée libre

13 rue de Santeuil, 75005 Paris

mer. à sam. de 13 à 19 h/ jeu. et ve. de 13 à 21 h 

https://cesure.paris/agenda/exposition-solidite-lumiere-dyto-barrada-2023-10-14



Autres manifestations

Au Quartier Latin et ses confins montparnassiens, le Festival d’Automne propose deux autres manifestations d’Yto Barrada qui a cofondé la Cinémathèque de Tanger et qui, depuis leur rencontre en 2015 promeut la reconnaissance de l’artiste new-yorkaise Bettina (1927-2021).

Carte Blanche Cinémathèque de Tanger

Le Grand Action 20 nov. - 18 déc. 2023

5 rue des Écoles, 75005 Paris

 

Balcon Bettina

Exposition monographique de Bettina Grossman

Commissariat Yto Barrada et Clément Dirié

Immanences – Centre d’Art 11 oct. - 16 déc. 2023

21 av. du Maine, 75015 Paris

mer. à sam. de 13 à 19 h.

 

Enfin, Yto Barrada montre ses œuvres et celles d’autres artistes dans une autre exposition qu’elle a conçue 

Charade

Galerie Polaris 19 oct. - 25 nov. 2023

15, rue des Arquebusiers, 75003 Paris