Histoire des cinémas du 13è arrondissement
7 décembre 2021 | Alain Garabiol | En Une | Voir | Cinéma | Histoire |
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Au temps où la télévision n’existait pas, les cinémas de quartier étaient très nombreux, comme le raconte Thierry Depeyrot dans la revue "Histoire et histoires du 13ème"

Cétait un temps où la télévision n’avait qu’une seule chaîne et où les ordinateurs n’existaient pas, il y a à peine 60 ans. Le cinéma était alors le grand loisir populaire qui rassemblait les générations, surtout le samedi soir, car on ne partait pas encore le week end.

Les spectateurs entrant dans la salle étaient accompagnés d’une ouvreuse qui les guidait jusqu’à leur place, et recevait un pourboire. Les séances se composaient d’une première partie, avec un documentaire suivi des actualités ; ensuite venait l’entracte, pendant lequel l’ouvreuse passait dans la salle, avec un panier suspendu au cou, pour proposer "bonbons, caramels, esquimaux et chocolat !" ; enfin, en deuxième partie, le film était projeté.

Une ouvreuse de l’Escurial racontait lors de son départ à la retraite, en 1981 : "J’ai commencé ma carrière en mai 1946, les places d’ouvreuses étaient très recherchées et j’ai dû attendre dix-huit mois avant de commencer. Le métier d’ouvreuse rapportait plus que celui de couturière. Après la guerre, sans doute à cause des restrictions, les esquimaux se vendaient comme des petits pains". Un métier qui a disparu en même temps que les cinémas de quartier, il y a une trentaine d’années.

Le Royal Cinéma a été créé en 1911 à la place d’un ancien dépôt de charbon ayant fait faillite. En 1933, il devient l’Escurial. Il est sur le point de disparaitre en 1981, à une époque où de nombreuses salles de cinéma ferment. De jeunes passionnés le rachètent alors, en prenant des risques financiers. Pari gagné ! L’Escurial, racheté en 2001 par Sophie Dulac, a 110 ans cette année.

Mais, à côté de ce sauvetage, 25 cinémas, dont certains très grands, ont fermé au cours des décennies. Citons-en quelques-uns :

- le "Jeanne d’Arc", au 45 boulevard Saint-Marcel, créé en 1913, avec 500 places (à l’époque, les cinémas avaient une salle unique)- il s’est agrandi en 1925, passant à 850 places...et a fermé en décembre 1975.

- le "Saint-Marcel",au 67 boulevard Saint-Marcel, créé en 1919, avec 2000 places, est passé en 1954 à 1100 places, et a fermé en 1968.

- le "Cinéma familial", au 54 rue Bobillot, créé en 1940, devenu le "Vézelay" en 1957, un cinéma classé "art et essai" en 1970... ce qui n’empêchera pas sa fermeture en 1975.

- le "Cinéma des familles", au 141 rue de Tolbiac, créé en 1911, devenu "Barbizon" en 1953, a fermé en 1983

- le "Palace du Moulin", au 2 bis rue du Moulin de la Pointe, créé en 1934, avec 880 places, devenu "Fontainebleau" en 1941, a fermé 1986.

Certaines salles ont eu une durée de vie très courte : c’est le cas de l’Orient-Ciné , 78 rue Dunois, qui a projeté des films asiatiques de 1978 à 1995

A noter que les cinémas créés dans le Centre commercial Galaxie, devenu Italie 2, n’ont pas duré longtemps : le "Paramount Galaxie", créé en 1976, devenu Galaxie en 1986, deux ans avant sa fermeture, puis le Gaumont Grand Ecran Italie, créé en 1991, avec des sièges très confortables et le plus grand écran d’Europe (240 m2) , ce qui ne l’a pas empêché de fermer en 2006.

Avenue des Gobelins, il y a eu pas moins de six cinémas :

- Au 57, "l’Eden", devenu "le Kursaal", puis "le Translux", en 1964, sous l’égide des frères Siritzky qui ont modernisé plusieurs salles de cinéma à Paris, enfin "le Paramount Gobelins" (1911-1985)

- Au 73, le théâtre des Gobelins, devenu "le Rodin" puis le Gaumont Gobelins , cinéma connu par ailleurs pour la sculpture créée par Rodin sur l’immeuble. (1906-2003)

- Au 37, "les Gobelins Cinéma", environ 1913-1925...au temps du cinéma muet.

- Au 48, le "Cinéma Parisien" (1910-1935) remplacé aujourd’hui par le lycée Jean Lurçat

Et deux cinémas qui existent encore :

- "La Fauvette", au 58, café-concert où, dès 1903, des projections étaient organisées- devenu cinéma à part entière en 1937 et mutisalles au début des années 80, il est devenu "Gaumont les Fauvettes"

- "Pathé Gobelins", au 73, créé par la société Pathé en 1907, devenu "Palais des Gobelins", puis modernisé en 1965 sous le nom "Telstar", avant d’être racheté par UGC, qui crée un mutiplexe et change le nom en UGC Gobelins en 1975.

Mais il n’ y a pas eu que des disparitions de cinémas : une création-de taille- a eu lieu en 2003 : le MK2 Bibliothèque qui compte, avec ses 20 salles, une capacité de 3500 places.

Les mutiplexes, finalement, possèdent aujourd’hui davantage d’écrans que tous les anciens cinémas de quartier réunis ! L’offre reste large. Mais les spectateurs sont bien moins nombreux : c’est la télévision - et non les multiplexes- qui a entraîné une baisse de la fréquentation.

Thierry Depeyrot a fait un très important travail de recherche iconographique : de nombreuses photos, le plus souvent en noir et blanc, nous rappellent l’existence de toutes ces salles obscures, même les plus anciennes, qui ont disparu. Il y a aussi des photos d’affiches, de billets de cinéma....et l’emplacement de ces anciens cinémas, sur un plan de l’arrondissement.

Au début de son ouvrage, l’auteur a eu la bonne idée de raconter, documents à l’appui, la genèse du cinéma : lanterne magique, praxinoscope, théâtre optique...avant la création du kinétoscope par Edison et du cinématographe par les frères Lumière.

Et, à la fin, on a le plaisir de voir de nombreuses photos de films ayant été tournés dans le 13ème, comme "Dernier domicile connu", de José Giovanni, "Un drôle de paroissien", de Jean-Pierre Mocky," La délicatesse", des frères Foenkinos, "Le train", de J.Frankenheimer, ou "Le doulos" de Jean Pierre Melville. Une photo montre les studios Jenner qui appartenaient à ce dernier, -ils ont brûlé dans la nuit du 28 juin 1967 alors que "Le Samouraï", qu’il réalisait, était en cours de tournage.

Un ouvrage qui intéressera tous les cinéphiles, et pas seulement ceux du 13ème.

Histoire et histoires du 13ème : "Le 13ème fait son cinéma" (Editions Depeyrot), 104 pages, 9 euros.



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