Etonnante stéréoscopie du cinéma (1942-1953)
28 novembre 2021 | Alain Garabiol | Découvrir | Photographie |
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Redécouverte d’Henri Caruel, photographe de plateau, adepte du stéréoscope qui permet un rendu en relief

L’histoire est surprenante : en 2012, les nièces d’Henri Caruel découvrent dans une malle 4000 plaques de verre. Elles appartenaient à leur oncle, photographe de cinéma, décédé en 1978. La Fondation Jérôme Seydoux-Pathé a acquis l’ensemble en 2019. Or, une partie de ces clichés a un caractère très original : Henri Caruel a utilisé entre 1942 et 1953 un appareil de photo muni de deux lentilles, permettant d’obtenir des clichés stéréoscopiques : des clichés qui donnent l’illusion du relief.

Ce qui surprend, c’est la période. En effet, la stéréoscopie a été à la mode dans la seconde moitié du 19è siècle, mais plus guère ensuite. L’usage de ce procédé dans les années 40 étonne, et est unique sur des plateaux de cinéma.

Pourquoi Henri Caruel a t-il utilisé ce procédé, était-ce son choix, comme on peut plutôt le penser, ou celui de Pathé, son employeur ? Le mystère subsiste. Ses photos n’étaient pas montrées sur grand écran où leur projection aurait nécessité le port de lunettes adaptées. Hypothèse : il est possible que, pendant l’Occupation et l’immédiat après-guerre, du fait de la raréfaction de la pellicule et, par conséquent, d’une baisse de copies de films-annonce, des bornes stéréoscopiques aient été installées dans des halls des cinémas pour promouvoir les prochains films à l’affiche. C’est en effet surtout dans la période 1942-1946 que la stéréoscopie a été utilisée (27 films sur 31)

L’exposition permet, en mettant à la disposition des visiteurs des lunettes 3D, de voir des scènes de tournage où les angles et les distances choisis renforcent l’effet de profondeur. Henri Caruel accentue parfois le relief grâce à des éléments du décor, comme dans "Premier de cordée", film de Louis Daquin tourné en décors naturels, à Chamonix. Des images de plusieurs films notoires sont visibles, comme "Les Portes de la Nuit" et "les Enfants du Paradis" , de Marcel Carné, ou "Falbalas" de Jacques Becker, et "Pontcarral, colonel d’Empire" de Jean Delannoy. Mais de nombreux autres films, oubliés aujourd’hui, comme "L’Ange de la nuit", d’André Berthomieu, "La duchesse de Langeais", de Jacques de Baroncelli", Six heures à perdre", d’Alex Joffé ou "La fille du diable", d’Henri Decoin sont ainsi redécouverts grâce à ce procédé en relief. Les corps vibrent d’énergie, les textures paraissent palpables...

Le photographe, employé par la société Pathé, a également réalisé des clichés des coulisses des plateaux dont il nous révèle de multiples détails secrets. Les stéréos ne devaient pas seulement montrer le film mais aussi ses prouesses et ses "trucs"

Le technicien devient parfois artiste quand il utilise des reflets ou quand il place dans le cadre des éléments qui apportent un effet spectaculaire : un miroir, une colonne, un livre...Pour "Les Portes de la nuit", il photographie une rue avec différents éclairages et à plusieurs minutes d’intervalle.

Henri Caruel semble avoir été le seul photographe de plateau à utiliser ce procédé. Après-guerre, la stéréoscopie devient très rare : trois fois en 1947-1949, et une dernière fois en 1953, toujours pour Pathé. Henri Caruel est un peu comme un personnage de Patrick Modiano, on a très peu de traces de lui. On sait qu’il a continué, de manière anonyme, son travail de photographe de plateau pour Pathé, jusqu’en 1963, au moins ;il a photographié notamment "La tête contre les murs" de Georges Franju, et "Les dragueurs" de Jean-Pierre Mocky

Cerise sur le gâteau : après avoir vu en relief des scènes de tournage, on peut admirer les affiches artistiques de certains de ces films, et notamment celle, magnifique, des "Portes de la nuit" : au centre, les visages en gros plan d’Yves Montand et de Nathalie Nattier, entourés à gauche et à droite d’une couleur bleu ciel.

- Henri Caruel, Stéréoscopie de cinéma (1942-1953) Exposition jusqu’au 1er janvier 2022, du mardi au samedi, Fondation Jérôme Seydoux-Pathé, 73 avenue des Gobelins, Paris 13ème.



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