Victor Hugo et Jean Valjean
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Compte rendu de la conférence de Françoise Chenet sur Victor Hugo et Jean Valjean.

Jean Valjean, le héros des "Misérables", a parcouru le Quartier latin pour échapper à Javert. Victor Hugo s’est inspiré de ses souvenirs d’enfance et de jeunesse dans ce quartier pour écrire ce grand roman. Le Comité Quartier latin a organisé le 27 septembre au Centre culturel des Irlandais deux conférences, l’une de Jean Granat "Sur les pas de Victor Hugo", et l’autre de Françoise Chenet "Sur les pas de Jean Valjean".

Sur les pas de Victor Hugo

Jean Granat, historien du Quartier latin, assisté par la comédienne Michèle Boidin, commence sa conférence, accompagnée d’un diaporama, "Sur les pas de Victor Hugo", en mettant en perspective le lien très fort entre l’écrivain et le Quartier latin. Celui-ci y a vécu de nombreuses années et y a joué un rôle important.

Né à Besançon en 1802, il est venu à Paris avec sa famille en 1808. Il a passé l’essentiel de ses trente premières années autour du Jardin du Luxembourg : impasse des Feuillantines, 37 rue des Vieilles Tuileries (aujourd’hui rue du Cherche Midi), 41 rue Gozlin, 90 rue de Vaugirard, 11 rue Notre-Dame des Champs (27 aujourd’hui), 18 rue des Petits Augustins (aujourd’hui rue Bonaparte), 10 rue de Mézières, 30 rue du Dragon. Victor Hugo a eu une affection particulière pour le Luxembourg où il a toujours aimé se promener. Il a imaginé, dans "Les Misérables", y voir Jean Valjean, Cosette et Marius.

Victor Hugo vit les six premières années de sa vie parisienne Impasse des Feuillantines, à l’endroit où existait jusqu’à la Révolution le couvent des Feuillantines. Après sa destruction, des maisons sont construites. Les parents de Victor Hugo s’installent dans un vaste appartement situé au rez-de-chaussée d’une maison. Cet appartement possédait un immense jardin qui a bercé l’enfance de l’écrivain. Un passage émouvant des Voix intérieures évoquant les "Vertes Feuillantines" est lu par Michèle Boidin.

Victor Hugo fréquente aussi les cafés du quartier, notamment le restaurant Polidor, où il aurait commencé à écrire "les Misérables", et le Procope.

Mais , du fait de la transformation de Paris mise en œuvre par Haussmann, l’impasse des Feuillantines devient une rue et de nouveaux immeubles y sont construits.

Revenu d’exil, Victor Hugo veut revoir les Feuillantines et écrit avec tristesse : "la maison et le jardin ont disparu, une rue passe dessus"...

Dans la consécration, l’écrivain reste lié au Quartier latin : élection à l’Académie française-située quai Conti - en 1841, élection à la Chambre des pairs - située au Palais du Luxembourg en 1845, élection au Sénat - également situé au Palais du Luxembourg - en 1876. À sa mort en 1885, il est enterré au Panthéon.

Il lutte en permanence pour le sauvetage du Patrimoine. Il se bat notamment pour que les Arènes de Lutèce soient sauvées de la démolition. Une lettre écrite par Victor Hugo au président du Conseil municipal de Paris est décisive : quelques jours après avoir reçu cette lettre, celui-ci se porte acquéreur des vestiges des Arènes qui ont été classées. Si aujourd’hui les enfants peuvent y jouer, et si des spectacles peuvent y être joués, c’est grâce à Victor Hugo !

Sur les pas de Jean Valjean

En préambule à sa conférence, accompagnée d’un diaporama, Françoise Chenet, maître de conférence honoraire, spécialiste de Victor Hugo, remercie ceux qui l’ont aidée à la réaliser, en premier lieu Jean Granat et Frédéric Brunelle, pour les photos qui ont été faites sur les lieux où a vécu Victor Hugo et où se situent "Les Misérables".

"J’y vais", dit-elle, en faisant allusion aux initiales de Jean Valjean, le héros du roman.

Hugo a d’abord intitulé son roman "les Misères", à l’époque où il vivait à Paris. Le titre devient Les Misérables quand il est en exil. Le Quartier latin est le véritable quartier des "Misérables", précisément cette partie qui correspondait avant 1860 au 12ème arrondissement, soit les quartiers Saint-Jacques, Saint-Marcel, le Jardin du roi et l’Observatoire, qui seront également évoqués dans Les petits bourgeois de Victor Hugo et Les Mohicans de Paris d’Alexandre Dumas. Françoise Chenet suit à la trace l’itinéraire de Jean Valjean et Cosette, pour échapper au commissaire Javert, au cours de cette "chasse noire", et restitue la topographie de ce quartier à l’époque de la fiction, entre 1823 et 1833. Une époque Hugo y vécut. Il a puisé dans ses souvenirs pour écrire son livre. Ainsi Saint-Jacques du Haut-Pas, l’église de Hugo dans son enfance, est celle près de laquelle passe Jean Valjean. L’itinéraire partant de la masure Gorbeau, rue Rubens, près du boulevard de l’hôpital, passe par le quartier Mouffetard, les Feuillantines, la rue d’Assas -ancienne rue de l’Ouest-le quartier de l’Observatoire avec en perspective la rue Notre-Dame-des-Champs où vécut l’écrivain.

Mais Hugo ne recherche pas une exactitude absolue : le pouvoir du rêve est important dans son œuvre créatrice. Car il s’agit d’un espace transfiguré qui incite le lecteur à aller au delà des apparences et à entrevoir d’autres réalités, celle de la mémoire ou celle de la rêverie qui transforme un toponyme comme le Champ de l’Alouette en véritable mythe personnel et poétique : l’alouette est un champ, mais aussi un chant, et c’est le surnom donné par Marius à Cosette. La masure Gorbeau, elle, évoque les corbeaux...Hugo donne à ce quartier des Misérables, le plus pauvre du Paris de l’époque, une dimension cosmique.

Les liens entre fiction et réalité apparaissent à plusieurs reprises : la fausse adresse donnée à Thénardier par Jean Valjean est située en face de celle de Royer-Collard, au 77-79 boulevard Saint-Michel ; la date de naissance de Cosette -7 décembre 1815 - correspond à la date de l’exécution du maréchal Ney ; et l’adresse de Jean Valjean au 47 rue d’Assas (ancienne rue de l’Ouest) correspond à un immeuble qui se situe dans l’axe de la maison et du jardin qu’occupaient Hugo et sa famille au 11 rue Notre-Dame-des-Champs ; Cosette pouvait voir, de sa fenêtre, les enfants de Hugo..

A noter qu’en 1862, au moment de la rédaction définitive des "Misérables", Hugo décida de déplacer le couvent des Bernardins, rue Tournefort, au Petit Picpus, le quartier où va être déplacé prochainement la Faculté Censier... ce qui illustre son don de visionnaire.

À l’issue de la conférence, une proposition est faite par un membre du groupe Culture et Fraternité d’écrire sur un mur extérieur du lycée Lucas de Nehou, rue Gay-Lussac, un texte calligraphique de Victor Hugo. Un lieu choisi en fonction de la proximité de la rue des Feuillantines, où vécut l’écrivain.



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