Les nouveaux pirates sont arrivés...
15 décembre 2016 | Anne de Buridan | Lire | Critique | Roman | Mers et océans |
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Pour embarquer à nouveau dans la folle aventure de ces libertins des mers.

Envie de prendre le large ? Envie de bateaux et d’aventures ? Le dernier roman de Sylvain Pattieu, Et que celui qui a soif vienne, est fait pour vous.

Les romans de pirates, puisque s’en est un, ne sont plus vraiment à la mode. À part la mégagrosse production de Disney, ils ont à peu près complètement disparus des écrans de cinéma. Ringards, les pirates ?

Pourtant, l’aventure humaine et historique de la piraterie aux XVII et XVIIIe siècle est assez fascinante. Elle fut même, à certains égards, précurseuse des libertés publiques et de certaines formes de démocratie qui allaient se mettre en place à la fin du XVIIIe de part et d’autre de l’océan. Là-bas, au milieu de l’eau et des îles de la Caraïbes, l’espace était encore suffisamment grand pour inventer des terres d’indépendance, même petites, même flottantes, et, surtout, des terres d’émancipation. On pratiquait le droit de vote, la démocratie directe et les référendums, parfois à grands coups de cuillère à pot !

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Sylvain Pattieu, maître de conférence en histoire, le sait. Ce qu’il raconte, c’est donc une histoire de liberté. Une liberté arrachée par des hommes et des femmes venus d’Europe, d’Afrique et d’Amérique. Il ne lésine par sur la géographie. Son roman évolue dans tout le triangle du commerce des esclaves, entre Gulf stream et contre-courant équatoriaux.

Au sein de leur société d’origine, leur destinée était tracée : ils devaient servir et obéir, en tant qu’esclaves, en tant que femmes, en tant que prostituées, en tant que soldats, en tant que prêtres ou moines, en tant qu’ouvriers...
Sylvain Pattieu n’est pas avare de personnages et son roman croise autant les destins que les épées.

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C’est un roman contemporain. Ses personnages homosexuels, transgenres ou bisexuels sont de notre temps. Ce sont des héroïnes et des héros, amoureux et lumineux, qui n’ont rien à voir avec les personnages homosexuels des romans de David Donachie, par exemple, où l’homosexualité est décrite comme elle l’était probablement à l’époque par l’amirauté anglaise : un mal inévitable sur les navires de sa majesté sur lequel il convenait de fermer les yeux tant que les sodomites restaient discrets. Chez Sylvain Pattieu, le sexe n’est pas une activité interlope, les personnages aiment à leur guise, follement souvent, bêtement parfois, et virent de bord si ça leur chante. Mais l’amour dans ce roman, prend un grand A. Comme dans l’Atlantique de Fred, ils sont naufragés, égarés mais à la poursuite de l’Amour.

Le titre, Et que celui qui a soif, vienne, est une phrase extraite de l’Apocalypse de Jean. Ce qui m’a valu une longue conversation, dans un train de Bretagne, avec un sympathique protestant, curieux que l’on puisse associer cette phrase à un roman de pirate. Mais c’est un fait, on croisera beaucoup de religieux dans ce roman. Un seul a les idées closes : le méchant, évidemment. Mais la religion n’y est pas vraiment pour grand-chose, il est psychopathe au dernier degré et Jésus Christ, dans la tête, hurle. Les autres, croyants en dehors des clous, défroqués la plupart du temps, moines gyrovagues aillant le mal de mer, sont des frères Tuck ballottés par les vents et les courants, bavards et discoureurs, fulminant le verbe christique libéré de toutes ses entraves ecclésiales catholiques comme réformées. Au milieu des combats, Sylvain Pattieu fait de son roman un débat d’idée. Le nouveau testament n’enseigne-t-il pas, par dessus tout, l’Amour universel ?

Sylvain Pattieu, enfin, n’hésite pas à mettre les pieds dans le texte, ses pieds a lui, et à pratiquer l’anachronisme. Ce qui n’est pas toujours le plus réussit. Parfois, surtout vers la fin, quand on s’est habitué, ses réflexions personnelles, l’amour qu’il porte à se mère disparue, donnent un peu de fraîcheur et une profonde sincérité au récit. Parfois, c’est un peu maladroit et déstabilisant, comme un éclairagiste qui se prendrait les pieds dans un câble pour s’aplatir au milieu du décor en plein tournage. Heureusement, c’est fugace.

Malgré cela, l’épopée reste belle. Elle vous remplira de soleil, de liberté, d’égalité et de fraternité. Vous ferez le tour de l’Atlantique ou à peu près et le tout de l’Amour ou à peu près. Et, quitte à être contemporain, je verrais bien ses pirates là venir sur les écrans grâce à une série télé de belle facture ; ça nous changerait de Disney !

Librairie L’Arbre du Voyageur
55 rue Mouffetard 75005 Paris
01.47.07.98.34

L’Écume des pages, 174 Bd St Germain, 75006 Paris

© Gallica / Bibliothèque national de France.
1 : : Montbars l’exterminateur ou Les derniers flibustiers, mélodrame d’Aubertin et Bosquier-Gavaudan : costume de Philippe (Montbars) / dessiné par Joly
2 : : Segarelli, rôle de Conrad dans Le corsaire, Théâtre Impérial de l’Opéra / A. L. [sig.]
3 : : Melle Cuizot, rôle de sabord, dans Le petit corsaire ou Le retour : lot d’estampes
4 : : Théâtre impérial de l’opéra-comique. Lara, acte III, 4me tableau. La grotte des corsaires : [estampe] / [sig. illisible]



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