Quelques secrets d’artistes révélés...
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Rencontre avec Guillaume Robin pour découvrir la part intime des grands artistes du XXe siècle.

Guillaume Robin est l’auteur du livre Les Secrets de l’Art moderne qui tente de percer les secrets de quatre grands artistes du XXe siècle : Marinetti, Picasso, Duchamp et Klein. Une femme, aussi, Jeanne Bucher, figure du monde de l’Art et du Quartier Latin. Nous nous sommes rencontré à la librairie l’Écume des pages pour tenter de lever un peu le voile sur les ressorts sombres ou cachés de la création artistique.

Bonjour Guillaume, pour vous, qu’est ce qu’un secret d’artiste ?

Il n’y a pas qu’un secret d’artiste mais il existe, encore mieux, des secrets dans l’art qui touchent les artistes. On parle généralement de secret d’artiste quand il s’agit de désigner un secret de fabrication, un procédé tel qu’on peut voir dans le chapitre du livre consacré au Bleu IKB d’Yves Klein. Mais, en fait, le secret touche à des notions bien plus vastes. On peut évoquer tour à tour les mystères autour des vies d’artistes, les cachotteries, les dossiers top secret ou encore d’autres faits que l’on n’ose révéler. Mais pour moi, Le secret évoque surtout l’obscurité. Et pour éclairer la connaissance, il faut tout de même des têtes chercheuses, des découvreurs et dans notre cas, des enquêteurs. De toute façon, le secret continuera quoi qu’il se passe, à se glisser dans les arcanes de l’art. C’est pourquoi nous devons détecter ses secrets, trouver les pistes et rassembler les preuves pour pouvoir dévoiler certaines vérités. Ce sont d’ailleurs les secrets qui agitent nos vies.

Le secret est-il toujours lié à une sorte de singularité de l’artiste ?

Le secret peut effectivement être lié intrinsèquement à l’artiste. On parle facilement de personnes mystérieuses, indéchiffrables comme c’est le cas pour Marcel Duchamp, artiste ô combien silencieux et énigmatique. Picasso, lui, par contre, est plus franc, plus direct et cela se remarque dans son œuvre. Sa peinture est autant extravertie que l’œuvre de Duchamp est dans une sorte d’introspection. Pourtant, même chez le Malaguène, il existe des troubles, des voiles qu’il faudrait pouvoir enlever, ce qui pourrait nous aider à mieux comprendre l’art du maître espagnol.

Le secret motive-t-il l’œuvre d’un artiste ? Peut-on dire qu’il est structurel ou bien est-il un passager, plus ou moins conscient, plus ou moins clandestin de l’artiste ?

Le secret ne peut pas être le fondement même de ce pourquoi les artistes créent. Je pense plus sincèrement que ce qui structure une œuvre reste la recherche constante du progrès. Plus d’ailleurs que la beauté qui est trop générique et qui pose des problèmes. La charpente d’une œuvre tient à cette volonté de faire mieux, d’avancer, de proposer des choses inédites, inscrites dans une histoire personnelle ou universelle. Le secret, quant à lui, n’est que l’auxiliaire d’une œuvre d’art, d’une vision. Il arrive d’ailleurs toujours après… Le peintre, le sculpteur ne crée pas à partir ou en fonction d’un secret. Par contre, ce qu’il propose cache inconsciemment une part de mystère, quelque chose de plus abstrait qu’il faut tenter de rendre, si l’ont peut dire, figuratif.

Vous avez choisi cinq grands noms du XXe siècle : pourquoi ces artistes ?

C’est, comme je le dis en ouverture du livre, un choix personnel, lié à des questions qui me titillaient et qui traînaient depuis longtemps dans ma tête. J’ai axé ma recherche sur l’art moderne, plus parlant, plus proche de nous. Le défi était de trouver des énigmes et des secrets autour de noms déjà célèbres, mis à part peut-être pour Jeanne Bucher. Mais elle, je voulais raconter son parcours parce que son secret était formidable. Cette résistance esthétique et humaine était louable à plus d’un titre et son histoire extraordinaire.
D’autres artistes évidemment aurait pu rentrer en ligne de compte. J’avais une liste de noms que j’ai abandonné, faute de documents suffisamment étayés.
Alors pourquoi ces noms ? Et bien par exemple, Marinetti est une des figures les plus importantes du XXe siècle. Je voulais raconter son histoire mais surtout, quitte à ce que cela gêne, son appartenance au fascisme, rarement analysée. Pour Duchamp, tout est lié à son œuvre À Bruit Secret qui m’avait fasciné et qui reflète d’ailleurs un peu sa personnalité. Pour Picasso, tout avait été dit, excepté son rapport ambigu et étrange à la mort. La sexualité de Warhol, pareillement, me semblait capitale pour comprendre son œuvre et ses motivations et pour Yves Klein, comme je l’ai dit, c’est la recette picturale de son bleu qui m’a intrigué.

Pourquoi la seule femme n’est-elle pas justement une artiste mais une passeuse d’art ?

La seule femme, Jeanne Bucher, est effectivement une galeriste et éditrice donc passeuse, c’est vrai. Mais elle est aussi découvreuse de talents. C’est une des premières, il faut le rappeler, à avoir exposer Nicolas de Staël, Mondrian et Giacometti. J’aurais aussi pu parler d’autres femmes, des artistes formidables comme Sonia Delaunay, Sophie Taeuber-Arp ou Frida Kahlo mais je ne voyais simplement aucun secret à révéler.
Beaucoup de femmes ont soutenu la création comme la galeriste Berthe Weill, les éditrices et libraires Adrienne Monnier et Sylvia Beach ou encore l’écrivaine Gertrude Stein. Il est évident que sans elles, beaucoup d’artistes n’auraient jamais pu émerger mais ça c’est un autre débat…

Les Secrets de l’Art moderne de Guillaume Robin est disponible à la librairie l’Écume des pages.

L’Écume des pages, 174 Bd St Germain, 75006 Paris



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