PROFESSION POETE
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Merveilleux récital des poèmes d’Edmond Rostand, organisé par le Comité Quartier Latin, donné le 19 novembre par le comédien Jacques Mougenot au théâtre Mouffetard devant un nombreux public.

Le spectacle "Profession poète", c’est le résultat heureux d’une rencontre, celle d’un comédien, Jacques Mougenot, et d’un éditeur indépendant du Quartier Latin, TriArtis.
Au départ, il y a l’admiration d’un jeune acteur pour l’oeuvre d’Edmond Rostand, et notamment ses poèmes, largement oubliés. Car Rostand, c’est certes "Cyrano de Bergerac", mais ce n’est pas que le gentilhomme gascon ! Le professeur de théâtre de Jacques Mougenot, Jean-Laurent Cochet, lui avait fait connaitre ces poèmes, qu’il avait lui même découverts jadis grâce à Mary Marquet, la tragédienne qui avait eu une liaison avec Rostand.
Jacques Mougenot a convaincu les éditrices de TriArtis de les publier. Et il a eu l’idée de créer le spectacle "Profession poète". Car Edmond Rostand était avant tout un poète ; il a écrit des poèmes avant d’écrire des pièces de théâtre, et ces dernières sont empreintes de poésie. Mais ces poèmes ont besoin d’un interprète qui en restitue le souffle. 
Un peu après 18h, ce 19 novembre, au théâtre Mouffetard, Jacques Mougenot entre en scène avec la violoniste Marianne Devos qui l’accompagnera pendant le spectacle. Loin d’être un simple récital, celui-ci est l’occasion, à travers des anecdotes, de mieux faire connaître la personnalité de l’écrivain, différente de celle, officielle, que l’on perçoit souvent.
Jacques Mougenot évoque les débuts anonymes de Rostand, ses premiers poèmes des "Musardises" publiés à compte d’auteur, tout comme ceux de son épouse Rosemonde Gérard, muse et complice dans l’amour de la littérature. Et il commence son récital. La fantaisie de Rostand apparait dans "Au ciel"- savoureux dialogue entre Saint-Pierre et un poète défunt, sauvé de la damnation éternelle parce qu’il est poète !- "Le mendiant fleuri" et "le divan" :

"Souvent quand je me sens làs
De vulgaire vie
Durant tout un jour sur le divan bas
Je rêve et j’oublie"

Jacques Mougenot rappelle à quel point "Cyrano de Bergerac" a transformé brusquement la vie d’Edmond Rostand. Il devint célèbre du jour au lendemain à 29 ans, et, à 33, entra à l’Académie française. Mais auparavant, que de déceptions artistiques...Quand il écrit les poèmes des "Musardises", Rostand est alors un poète jeune et pauvre, sans aucun succès, qui écrit des vers romantiques exprimant le "moi", le sentiment amoureux, celui de la nature, les rêves...Il exprime son amour de la poésie mais aussi ses doutes vis-à-vis de l’acte d’écrire, et la condition fragile du poète. Ces sentiments apparaissent dans "Où l’on perd Pif luisant", "La forêt", et "Matin" :

"Il fait un temps si beau que tout ce qu’on peut faire
C’est de vivre. Et l’on vit. Mais non sans un remords.
Car ce temps est si beau qu’il fait penser aux morts".

Le comédien évoque ensuite une autre époque, celle de la Grande Guerre, où Rostand s’investit, sur le plan patriotique, par ses vers. Par ailleurs, il quitte sa femme pour Mary Marquet, alors jeune actrice de théâtre, qui fera connaitre plus tard l’oeuvre poétique de Rostand. Celle-ci se poursuit après "Cyrano", mais"Le cantique de l’aile" et "Le vol de la Marseillaise" ne seront publiés qu’après la mort du poète, à 50 ans, le 2 décembre 1918.
Mimiques, gestuelle… Jacques Mougenot ne "récite" pas vraiment, il "joue" les poèmes "La vitre","les rois mages", "La brouette" et "Le barrage"- récit de guerre rimé plus que poème- avant "l’hymne au soleil" tiré de la pièce "Chantecler". 
En souriant, Jacques Mougenot évoque un projet de réforme de l’orthographe -déjà- au temps de Rostand. Celui-ci en avait tiré un poème "Les mots" :

"J’entendis : je sens leur lame 
M’arracher un "e" muet
Cette lettre était mon âme
Puiqu’elle était mon secret."

Et le comédien termine son récital Edmond Rostand par la fameuse tirade des nez ("Cyrano de Bergerac") avant d’être chaleureusement applaudi, tout comme Marianne Devos et Thierry Boulanger, le compositeur des morceaux joués au violon.
Faire redécouvrir ces poèmes oubliés, c’est ce qu’a réussi avec panache Jacques Mougenot.



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