L’instance de la lettre
18 octobre 2016 | Anne de Buridan | Voir | Exposition |
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Quand l’image rencontre l’écrit, quand les artistes utilisent la lettre et le texte comme support graphique, une réflexion artistique et lacanienne à la galerie Marguerite Milin jusqu’au 3 décembre.

Si les premiers sont apparus dès la haute antiquité, Apollinaire a rendu le calligramme célèbre. Cette façon d’écrire tout en dessinant. De mêler le sens du texte avec le sens de l’image comme une sorte de retour à l’origine même de la lettre qui est un dessin. Dans les années 60 et 70, les poètes de la Beat génération et celle qui ont suivi ont repris l’idée. On se souvient du poème BOMB de Gregory Corso mis en image par Allan Ginsberg.

Maguerite Milin propose, dans sa galerie, une exposition de trois artistes qui ont travaillé dans ce sens : le texte et l’image sont-ils fait pour se rencontrer, se mêler, voir s’apparier et ensemble, produire un sens nouveau ?

Le premier, Marc Molk est un spécialiste du calligramme.

« S’éloignant du schématisme des formes, fréquents dans les calligrammes classiques, Marc Molk plie des textes courts ou longs (poèmes, extraits de romans) à des formes déliées, réalistes et complexes. La minutie de la graphie à l’encre de Chine sur des papiers fragiles, souvent japonais ou chinois, dégage une sensation de grande préciosité. Une esthétique kabbalistique invite le spectateur à lire le dessin tout autant qu’à le regarder. » [1]

De l’image mêlé au texte, nous en voyons tous les jours, c’est de la publicité. C’est vrai, partout dans le monde. En Afrique, la publicité et l’art pictural vont encore de paire. Les affiches sont peintes. Mais ce qui va dans un sens peut-il aller dans l’autre ? L’art peut-il utiliser le texte comme vecteur de communication sans être de la publicité ?

Chéri Samba en a fait son style, non sans quelques déboires au début.

« J’avais remarqué que les gens dans la rue passaient devant les tableaux, les regardaient en un clin d’oeil mais ne s’arrêtaient pas. Je me suis dit que si j’ajoutais un petit peu de texte, les gens seraient obligés de s’arrêter, passer un petit peu de temps pour lire et donc mieux pénétrer l’œuvre et l’admirer. C’est ce que j’ai appelé la griffe sambaïenne. Dès lors, je mettais du texte dans tous mes tableaux, ce qui n’a pas été très bien accepté par les journalistes et l’Académie, sauf par Biaya K. Tshikala et surtout Badi-Banga ne Mwine, qui travaillait à l’époque au Musée National du Zaïre et comprenait ma démarche. J’ai voulu maintenir cette griffe- là. J’ai imposé l’écrit dans mes tableaux » [2]

Enfin, Kimiko Yoshida est photographe, peintre, portraitiste. Plus précisément : autoportraitiste. Dans ses précédentes séries, elle explorait l’infinité d’elle-même à travers des autoportraits éxubérants où elle était comme happées par des tenues prodigieuses, des masques oniriques dans lesquels son visages n’apparait parfois que sous la forme d’un détail.

Avec Écriture. Autoportrait, elle aborde elle aussi le lien du visage et de la lettre, du texte, de l’écrit dans une forme de fusion / répulsion. Qui suis-je quand je suis au pied de la lettre ?

L’instance de la lettre
Exposition jusqu’au 3 décembre.

Galerie Marguerite Milin
5, rue de Médicis, 75005 Paris.

[1Michel Galeaz

[2Interview de Chéri Samba par André Magnin, Paris, décembre 2003.



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