L’histoire silencieuse des sourds, du Moyen Age à nos jours
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Une exposition au Panthéon présente l’histoire des Sourds et de la langue des signes, ses périodes d’avancée et de régression, avec des documents historiques et de portraits d’hommes et de femmes ayant fait avancer la Cause des Sourds.

Contrairement à ce que l’on croit parfois, l’Abbé de l’Épée n’est pas inventeur de la langue des signes mais le promoteur du droit à l’éducation gratuite pour les sourds et les sourdes - de formation janséniste, l’Abbé estimait que les filles avaient droit à l’éducation, ce qui était novateur à son époque. Il a fondé l’Institut des jeunes sourds, aujourd’hui au 254 rue Saint-Jacques, où cette langue des signes est enseignée.

Cette langue des signes a un lien, à l’origine, avec des ordres monastiques observant la règle du silence : des Sourds s’inspirent de gestes utilisés par des moines pour créer un vocabulaire. Ils sont par ailleurs relativement bien intégrés à la société médiévale.

Quelques personnalités sourdes marquent l’histoire des Sourds : Étienne de Fay, architecte et savant, à la fin du 17ème siècle, Madeleine le Mansois, en 1776, obtenant du Parlement de Paris le droit de se marier avec l’époux de son choix, Pierre Desloges qui écrit en 1779 un livre décrivant une communauté où existe une solidarité, Jean Massieu, premier enseignant sourd rémunéré par l’État en 1790, Ferdinand Berthier, membre fondateur de la Société des Gens de Lettres, qui crée en 1836 la première association sourde.

La langue des signes se développe, c’est une langue visuelle, avec des gestes impliquant le corps, et avec une grammaire se structurant selon un ordre objet-sujet-verbe. L’œuvre de l’Abbé de l’Épée en faveur de l’enseignement gratuit de cette langue est poursuivie à la Révolution. Puis les droits des Sourds progressent avec notamment le droit de vote qui leur est accordé en 1848.

LA LANGUE DES SIGNES REMISE EN CAUSE PUIS RÉHABILITE

Mais le vent tourne de manière défavorable pour cette langue : en 1880, un congrès à Milan rassemblant des enseignants et des éducateurs, voit l’essor des "oralistes" : les congressistes (non sourds) qui analysent la surdité comme anormale, affirment que la prorité est de "démutiser" l’enfant sourd, autrement dit de le faire parler et de faire appareiller. La langue des signes ne sera pas interdite mais les écoles qui l’enseignent seront privées de moyens financiers. En France, les frères Péreire, des industriels, font la promotion de l’oralité, un procédé inventé par un de leurs ancêtres. Mais très peu d’enfants sourds s’adaptent à l’oralité. Conséquence : la grande majorité des Sourds est marginalisée, leur niveau intellectuel baisse, ils deviennent pour la plupart des ouvriers voués à des tâches matérielles ingrates. Par ailleurs, l’abandon de l’enseignement de la langue a pour conséquence moins de relations entre les jeunes Sourds. Néanmoins, pendant cette période, fleurissent des revues pour cette communauté ainsi que des associations sportives de Sourds, encouragées notamment par un important chef d’entreprise, Émile Mercier, patron du champagne portant son nom ; celui-ci encourage aussi l’éducation des Sourds et leur égalité avec les autres. Pendant cette période, les partisans de la langue des signes ne baissent pas les bras, même si leur point de vue n’a que peu d’influence. En 1911, Ernest Dusuzeau, actif militant sourd et mathématicien, affirme :"les Français, les Anglais, les Chinois...ont leur langue à eux. Nous en avons une aussi à nous, la langue des signes, et nous devons en être fiers".

Il faut attendre le congrès de Washington (1975) pour voir enfin la langue des signes réhabilitée. Un tournant ! Des spécialistes préconisent dès lors celle-ci dans l’éducation des enfants sourds. C’est "le réveil sourd". La surdité est perçue non plus comme une infirmité mais comme une différence culturelle. La renaissance culturelle sourde se manifeste par la création de l’International Visual Theater, dirigé actuellement par l’actrice et auteure Emmanuelle Laborit.

Et, le 11 février 2005, une loi française reconnait officiellement la langue des signes, favorisant ainsi l’inclusion des Sourds, une communauté ayant son identité culturelle, dans la société.

Près d’un siècle de jugement erroné, dû à un dogmatisme éloigné de la réalité, avant de revenir au pragmatisme, pour le bonheur des Sourds...

- Exposition au Panthéon, place du Panthéon, Paris 5ème, tous les jours jusqu’au 30 septembre, de 10h à 18h30, et jusqu’au 6 octobre de 10H à 18h

Sources : Institut National des Jeunes Sourds, 1805, wikipedia.
Image dans le texte : source Paris Panthéon.



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