L’évolution du métier de pharmacien
17 octobre 2016 | Docteur Bruno Muraz | Pharmacie | Savoir | Histoire |
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Second volet d’une Histoire d’une pharmacie du Quartier Latin, la pharmacie qui est actuellement dans le bas de la rue Claude Bernard.

Cet article fait suite à celui-ci : De l’herboriste au pharmacien

Schématiquement, on peut dire que jusqu’aux années soixante, l’évolution a été dictée par les progrès de la pharmacie et de la chimie, engendrant l’arrivée de grandes innovations thérapeutiques :

Les antibiotiques, véritable révolution, la pénicilline découverte en 1928 et utilisée en thérapie en 1941, les sulfamides, les anti-inflammatoires stéroïdiens et non stéroïdiens, les contraceptifs oraux et bien d’autres jusqu’aux anti-retroviraux.

Pendant cette période le titulaire pouvait se consacrer exclusivement à la pharmacie proprement dite et à ses clients. Après les années 60, l’arrivée de nombreux textes législatifs, de réformes et de normes contraignantes, ont fait que l’on peut dire qu’à partir de cette date, l’évolution du métier a pris une forte empreinte administrative.

Pourquoi est-il maintenant difficile de faire faire une préparation ? Les nouveaux pharmaciens n’auraient ils plus le tour de main ? Non, mais les normes exigées pour la création d’un préparatoire font que la plupart des officines de grandes villes n’ont simplement pas la place de créer un local réglementaire.

Cette évolution régentée de notre pharmacie a été marquée notamment par les événements suivant :

La délégation de paiement ou tiers-payant.

La délégation de paiement a été instaurée en 1974. L’idée première était de la réserver aux gens nécessiteux et donc de leur permettre un accès plus facile aux soins médicaux, mais très rapidement, les pharmaciens eux mêmes l’ont généralisée.

Il faut savoir cependant, que si l’application du tiers payant est aujourd’hui d’usage, la règle demeure le paiement direct, ce qui signifie qu’un pharmacien peut refuser de l’appliquer sauf pour les personnes relevant de la CMU, couverture maladie universelle, (personne ayant peu ou pas de revenus) ou celles ayant droit à l’AME , aide médicale d’état, (cas particuliers, notamment personnes en situation irrégulières). À noter que le refus de pratiquer une délégation de paiement est sans rapport avec un refus de délivrance que le pharmacien doit appliquer lorsque l’intérêt de la santé du patient lui parait l’exiger.

L’informatique à l’officine

La lourdeur du traitement du tiers payant a entrainé l’informatisation des officines, d’abord volontaire, puis très rapidement exigée par la Sécurité sociale avec obligation d’utiliser un logiciel répondant à un cahier des charges figurant dans une convention que doit signer chaque pharmacien avec la Sécurité Sociale.

La carte vitale.

Née en 1998, avec une deuxième version en 2007, ce petit rectangle de plastique contient l’identification numérique du patient permettant ainsi la création de FSE, feuilles de soins électroniques. Elle ne renseigne en aucun cas sur l’état de santé du patient, ni sur les médicaments que celui ci utilise mais permet à son possesseur d’obtenir la création DP, dossier pharmaceutique, qui donne au pharmacien la possibilité de connaitre ce qui a déjà été délivré dans d’autres officines (dans l’anonymat) ce qui permet d’éviter incompatibilité, interaction, surdosage etc.

Le générique

C’est en 1981 qu’est établie la définition du médicament générique, mais ce n’est qu’en 1999 avec la loi sur le droit de substitution que le générique est mis en lumière, d’autant plus que ce droit va devenir une obligation pour le pharmacien de proposer une substitution. Le patient ayant toujours la faculté de refuser un générique, mais il perd alors automatiquement le droit à la délégation de paiement.

La rémunération

Jusqu’en 1990 était appliqué une marge linéaire sur le médicament ; à partir de cette date est entrée en vigueur la MDL, marge dégressive lissée ; sans entrer dans les détails, plus le médicament est cher plus la marge diminue.

Conscient de l’impact négatif sur l’économie des officines, le législateur à introduit en 2015 la rémunération à l’acte avec la création d’un honoraire de dispensation.
Ces changements dans la rémunération, la baisse des remboursements, les avances de trésoreries consenties à la Sécurité Sociale et surtout aux mutuelles, le plafonnement légal des ristournes fournisseurs et autres mesures défavorables à leur santé économique ont fait que les officines ne pouvant plus vivre uniquement avec les médicaments se sont tournées vers la parapharmacie.

Mais, malgré cette tentative de diversification, il faut savoir qu’aujourd’hui en France une pharmacie disparait tous les deux jours.

Enfin il nous à été attribué une nouvelle fonction : la participation à l’éducation thérapeutique du patient, qui fait partie intégrante de la convention.
Elle prend la forme d’entretiens, au nombre de trois, avec des patients sujets à des pathologies à risques iatrogènes (malades sous AVK, anticoagulants oraux), ou chroniques et ayant un fort impact sur la population (asthme,...)

Avec ses évolutions, la « pharmacie du progrès » de messieurs Drocos ou Jaunes qui fabriquait elle-même ses propres médicaments, semble bien loin. On peut en retrouver la trace néanmoins dans la Parapharmacie, même si, là encore, les officines n’élaborent plus vraiment elle-même leurs préparations.



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