Histoire (et avenir ?) de la Bièvre Parisienne
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"La Bièvre parisienne" : tel était le thème de la conférence organisée par le Comité Quartier latin le 25 septembre dernier au Centre culturel des Irlandais.

HISTOIRE (ET AVENIR ?) DE LA BIÈVRE PARISIENNE

"La Bièvre parisienne" : tel était le thème de la conférence organisée par le Comité Quartier latin le 25 septembre dernier au Centre culturel des Irlandais, dans le 5ème arrondissement.

Thierry Depeyrot, historien de la Bièvre, raconte l’histoire de cette rivière disparue depuis 1912 à Paris.

Mais d’abord, quel est le sens du mot « Bièvre » ? Il y a plusieurs hypothèses : le mot celte « beber » veut dire « castor » et « de couleur brune ». Or, on n’a jamais vu de castor près de la rivière, donc le second sens est vraisemblable. Autre hypothèse : le mot celte « bawa » qui signifie « boue » et le latin bibere dont le sens est « boire ». Thierry Depeyrot précise que la Bièvre traverse cinq départements, Yvelines, Essonne, Hauts de Seine, Val de Marne et Paris (13ème et 5ème) et quinze communes.

Elle prend sa source dans le quartier de Bouviers, ancien hameau de Guyancourt, à 130 m d’altitude.
Elle se jette ensuite dans les étangs de la Minière, avant d’entrer à Buc ; elle passe sous l’aqueduc qui, construit en 1686 pour alimenter le château de Versailles, est désaffecté depuis 1939. La Bièvre se divise alors en deux bras sur une distance de 400 m avant de se réunifier et d’arriver aux pieds des Loges-en-Josas, où elle se sépare à nouveau en deux bras ; ils se rejoignent à Jouy-en-Josas, qui a connu une renommée mondiale grâce à une industrie venue s’installer sur les rives de la Bièvre : la toile de Jouy imprimée pour la première fois en 1760. A l’origine de ces toiles en coton teintes, un homme, Oberkampf, qui a rapidement agrandi sa manufacture devenue en 1805 la plus importante d’Europe et emploie alors 1300 ouvriers ! Mais, après un déclin commencé en 1815, elle ferme en 1843.
La Bièvre quitte Jouy-en-Josas pour arriver à ...Bièvres, site magnifique ; Nadar y a fait la première photographie aérienne en 1858. A Bièvres, la rivière se divise en deux avant de se réunifier et sedivise à nouveau à Igny et à Verrières-le-Buisson. Les deux bras se rejoignent à Massy, et la rivière traverse ensuite Antony où elle se divise à nouveau avant de se réunifier à Fresnes. Elle passe ensuite à L’Haÿ-les-Roses, Cachan, Arcueil et Gentilly avant d’arriver à Paris à la Poterne des
Peupliers et au parc Kellermann.

Dès le 16 ème siècle, un bras vif, tracé par l’Homme, est surélevé au niveau de ce parc, afin de créer un courant permettant l’alimentation en eau des moulins de Croulebarbe. Les deux bras de la Bièvre se rejoignent au croisement de la rue Claude Bernard et de l’avenue des Gobelins. Ce bras unique passe sous la rue Monge, près de l’église Saint-Médard, longe la rue Censier, passe sous les rues dela Clef, Santeuil , Geoffroy Saint-Hilaire, Buffon avant de traverser une dépendance du Jardin des Plantes et de franchir le boulevard de l’Hôpital pour se jeter dans la Seine.

Depuis des siècles, la Bièvre, appelée autrefois la rivière des Gobelins, a eu mauvaise réputation à cause de son odeur. Celle-ci était due au fait que les mégissiers, les bouchers et les tanneurs avaient l’habitude d’y jeter leurs déchets. Mais ces professionnels exerçaient auparavant leur métier au bord de la Seine. En 1376, le Parlement décida que les immondices devaient être jetés dans la Bièvre plutôt que dans la Seine ; décision peu suivie d’effets. Conséquence : en 1357, le roi Henri III ordonna l’expulsion de Paris des bouchers, abattoirs, tanneries et teintureries. Ces métiers, ainsi que les meuniers et les blanchisseuses -métier très pénible- s’installèrent dès lors au faubourg Saint-Marceau qui ne faisait pas encore partie de Paris. Sous le Second Empire, le désir de Haussmann de rendre la vallée de la Bièvre plus carrossable entraîne la couverture de la rivière. Tâche ardue car la vallée est très encaissée. Les travaux vont durer plus de 40 ans ! En 1902, il ne restait plus que 540 m à ciel ouvert entre la rue Croulebarbe et le boulevard Arago. Et, en 1912, la Bièvre est entièrement couverte à Paris. Mais on peut, depuis quelques années, suivre son tracé grâce aux médaillons posés sur le sol le long des artères où elle passait.
Thierry Depeyrot évoque aussi le canal des Victorins, créé au 12ème siècle à partir du détournement du cours de la Bièvre pour permettre l’arrosage des terres de l’abbaye Saint-Victor, ce canal longeant le tracé de l ’actuelle rue de Bièvres ; il rappelle également, en citant un texte de Karl Huysmans, l’île aux Singes, quartier très pauvre remplacé par le square Le Gall, ainsi que la Halle aux cuirs qui exista entre 1866 et l’incendie de 1906.

RESURRECTION DE LA BIEVRE A PARIS ?

Après le passé, l’avenir ! Paul-Marie Tricaud, urbaniste et auteur d’un rapport sur la restauration de la Bièvre à Paris, commence sa conférence « La Bièvre à Paris : mort et résurrection (?) d’une rivière » en citant Héraclite : « Tu ne peux pas descendre deux fois dans le même fleuve car les dernières eaux coulent toujours sur toi ». Il signifie par là que, même si on remet au jour la Bièvre, ce ne sera pas la même que celle qui coulait à ciel ouvert il y a plus d’un siècle.

Il évoque la renaissance à ciel ouvert réalisée dans certaines portions du Val de Marne. Mais, à Paris, explique t-il, c’est bien plus compliqué. La Bièvre y est enfouie sous plusieurs mètres de terreou de gravats. Par ailleurs, la rivière en tant que telle n’existe plus, elle se confond avec un collecteur d’égouts. Il ne reste rien de la Bièvre d’origine...Les seuls endroits où la Bièvre pourrait réapparaître, théoriquement, sont l’annexe du Jardin des Plantes, le parc Kellermann et le square Le Gall. Mais l’eau est très profonde, ce qui rend la réalisation du projet coûteuse. Paul-Marie Tricaud propose une autre idée : créer un nouveau tracé, là où l’ancien ne peut être restauré. Ce serait une autre manière de restaurer la Bièvre : de toute façon, on ne peut pas faire deux fois la même chose car les conditions sont différentes. Sur ce nouveau tracé, la Bièvre serait tantôt à ciel ouvert, tantôt enfouie.
D’autres idées sont suggérées : la création de secteurs encaissés pour un écoulement gravitaire, comme ce pourrait être le cas rue Pascal ; il faudrait pour cela créer des espaces souterrains. Enfin, le conférencier imagine une promenade le long de la rivière et des repères pour suivre le cours historique.

Le conférencier termine en citant un poème de Du Bellay :
« Le Tibre seul qui vers la mer s’enfuit, reste de Rome. O mondaine inconstance !
Ce qui est ferme est par le temps détruit, et ce qui fuit au temps fait résistance. »

Il précise que son projet ne pourrait être réalisé que sur une très longue durée, pour étaler les coûts. Il faudra trouver les meilleures opportunités, et faire inscrire des portions de Bièvre dans les plans locaux d’urbanisme. Quand des travaux souterrains seront entrepris, il faudra en profiter pour réaliser ces bouts de Bièvre.

Alain Garabiol

A lire aussi : La Bièvre dans la littérature



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