Clemenceau, le courage de la République
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Clemenceau au Panthéon... pour une exposition.

L’homme d’État se méfiait des honneurs et des cérémonies, et ne voulait pas être panthéonisé, mais cette exposition met en valeur ses qualités politiques et humaines, et révèle des aspects peu connus de sa personnalité, comme son amour de sa Vendée natale et des arts.

La "salle vendéenne" est la partie la plus surprenante de l’expo. Au centre du parcours de celle-ci, la pièce où Georges Clemenceau lisait et écrivait, dans sa retraite, a été reconstituée. Devant sa table de travail, couverte de livres, il pouvait admirer son jardin et, au delà, la mer. Des photos géantes montrent cette Nature magnifique qu’il avait devant lui. C’est en 1919, quand il va prendre sa retraite politique, que "le Tigre" a loué, dans la commune de Saint-Vincent-sur-Jard, dans sa Vendée natale, une modeste maison, avec un jardin, au bord de l’océan : c’est la "bicoque" du lieu-dit Belébat, où il viendra régulièrement se ressourcer l’été, jusqu’à sa mort en 1929. L’hiver, il restera à Paris, dans son appartement de la rue Franklin.

Cette partie de l’exposition est la plus originale car elle fait connaitre son amour de la nature, sa passion pour son jardin impressionniste, presque une œuvre d’art. Elle fait connaitre également son goût pour l’art, et notamment pour la peinture. Son grand ami, de longue date, est Claude Monet, qu’il encourage à finir de peindre les tableaux des Nymphéas, pour lesquels il se battra, après la mort de Monet, afin qu’ils soient exposés en permanence à l’Orangerie, à Paris. Dans un courrier, Clemenceau écrit au peintre impressionniste : "Je vous aime parce que vous êtes vous, et que vous m’avez aidé à comprendre la lumière. Vous m’avez augmenté."

Dans cette pièce sont exposées des œuvres ayant un lien avec "le Tigre". Celui-ci n’aimait pas le portrait qu’Édouard Manet avait fait de lui ; en revanche, il appréciait son buste, sculpté par François Sicard.

C’est là qu’il a écrit plusieurs livres, dont "Démosthène" et "Au soir de la Pensée".

Un film tourné en 1928 le montre détendu dans son jardin. Il a gardé son ironie : en voyant un chien, il s’écrie : "Un vrai ministre ! Il aboie en reculant !"

REBELLE ET HOMME DE POUVOIR

Longtemps après le décès d’un personnage célèbre, celui-ci est souvent réduit à quelques images. Ainsi, un siècle après la fin de la Grande Guerre, Clemenceau est surtout "le Père la victoire". Et pourtant, quelle vie variée que la sienne ! Homme perpétuellement en mouvement, il a toujours préféré la rébellion aux compromissions.

Dans sa jeunesse, il fait un séjour de quatre ans aux États-Unis, en revient avec une épouse américaine. Médecin, il s’engage en politique : maire de Montmartre, député de Paris, il devient rapidement un des grands orateurs parlementaires, à gauche de l’hémicycle. Il demande, avec Victor Hugo au Sénat, l’amnistie pour les Communards. Il s’oppose à Gambetta et à Ferry, pas assez favorables aux réformes sociales. Injustement accusé lors de l’affaire de Panama, il devient journaliste, fonde des journaux, comme La Justice (1880), le Bloc (1901), L’homme libre (1913) et L’homme enchainé (1914) où ses articles ne laissent pas indifférent. Il défend notamment Dreyfus aux côtés de Zola -c’est lui qui trouve le titre "J’accuse !"- s’engage pour la loi de séparation des Églises et de l’État, en 1905. Mais, l’année suivante, tournant dans sa carrière politique : il devient ministre de l’Intérieur et, quelques mois plus tard, Président du Conseil. Il défend une loi sur les retraites ouvrières tout en faisant régner l’ordre, en créant "les Brigades du Tigre". Retour au journalisme engagé en 1910, et retour au Pouvoir en 1917, à 77 ans, en pleine guerre ; il impose la prédominance du Pouvoir civil sur le Pouvoir militaire, et encourage les Poilus jusqu’à la victoire. Son esprit de résistance, sa combativité ont marqué le général de Gaulle qui, en 1941, à Londres, prononcera un "Serment à Clemenceau" dont le texte est reproduit.

Mais "le Tigre" est aussi un homme curieux de tout. Passionné de découvertes, il voyage dans des pays lointains - Amérique du Sud, Égypte, Soudan - à 80 ans, entreprend un périple en Asie - Indonésie, Singapour, où il inaugure une avenue portant son nom, Inde, Ceylan (Sri Lanka) - avant de faire, deux ans plus tard, un dernier voyage aux États-Unis, où il vante l’amitié franco-américaine dans une série de conférences. Il demeure intellectuellement actif jusqu’au bout, à Paris et dans sa chère maison vendéenne.

- Exposition "Clemenceau, le courage de la République", au Panthéon, jusqu’au 10 février 2019.

Illustrations : Etienne Carjat ; site du Panthéon



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